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Publié : 23 avril 2010

Historique de l’hôpital Bicètre

L’histoire de Bicètre est ancienne ; elle débute sous Louis XIII, au 17ème siècle ; en voici un aperçu jusqu’à la fin du 19ème.

L’ANCIEN REGIME

FONDATION, ORGANISATION

En 1633, Louis XIII décide la construction "au lieu et place du château de Bicêtre" en ruines, d’un bâtiment destiné à la Commanderie de St Louis, pour y loger les "soldats estropiés. vieux et caducs". Saint Vincent de Paul y fait admettre également. en 1647 l’œuvre nouvelle des Enfants Trouvés.

Le 27 avril 1656. Louis XIV crée l’Hôpital Général destiné au renfermement des vagabonds et des mendiants qui pullulent à Paris ; les bâtiments récemment construits par Lemercier à Bicêtre sont affectés aux hommes tandis que la Salpétrière reçoit les femmes.

L’Hôpital Général comprend divers autres établissements dont la Pitié et Scipion. Les soldats invalides et les enfants vont donc quitter Bicêtre.

La Maison ouvre le 7 mai 1657. Les locaux existants se montrent rapidement trop exigus, obligeant à d’importants travaux de rénovation et d’agrandissement qui vont durer pratiquement jusqu’à la Révolution. L’approvisionnement en eau et l’assainissement posent de difficiles problèmes. Aussi l’architecte Boffrand fait creuser en 1733 le Grand Puits et édifie les Réservoirs (que l’on visite encore aujourd’hui) : son collègue Viel réalise dans d’anciennes carrières un vaste puisard. À la fin de l’Ancien Régime, Bicêtre comprend donc un ensemble imposant de bâtiments ordonnés autour de cours et de jardins.

La direction de l’établissement est confiée par le bureau de l’Hôpital Général à l’économe, tandis que la supérieure des officières (nous dirions maintenant l’infirmière générale) a la haute main sur tout ce qui concerne les pauvres et le personnel féminin. Ajoutons à cet état-major un médecin, régent de la faculté de Paris, un maître-chirurgien (tous deux viennent une fois par semaine> alors que résident sur place un chirurgien "gagnant maîtrise" (équivalent d’un chef de clinique), deux compagnons chirurgiens, deux apothicaires et quelques ecclésiastiques

La maison comprend différents emplois lesquels groupent plusieurs divisions (les actuels services), en principe dévolues chacune à une catégorie particulière d’administrés. Le nombre et la qualité du personnel subalterne, mal payé, laisse en permanence à désirer.

LES BONS PAUVRES

À côté des bons pauvres (nés et habitant à Paris. ayant plus de 70 ans, munis d’un certificat d’indigence et de bonnes mœurs) qui sont logés gratuitement et vêtus de même (une chemise changée toutes les semaines et des draps tous les mois. des habits de bure. un bonnet de laine et des sabots), Bicêtre admet quelques pensionnaires. personnes âgées ou infirmes et de condition modeste qui versent à l’hospice une redevance annuelle. Ces derniers ont droit à une nourriture plus abondante que celle de l’ordinaire. A tous, celle-ci est servie une fois par jour et consommée au gré des administrés. dans les dortoirs. Les lits. eux, sont collectifs : on y couche tête-bêche au nombre de trois à six.

Mais il est nécessaire d’occuper tous Ces pauvres, s’ils sont valides. C’est le but des divers ateliers de couteliers, tonneliers, drapiers, tricoteurs, savetiers. cardeurs. vinaigriers. tailleurs de pierre, chapeliers etc... L’apogée de l’entreprise industrielle bicestroise se situe au début du XVIIIe siècle. On s’aperçoit ensuite qu’il est plus économique d’acheter à l’extérieur que de faire fabriquer dans l’établissement : c1est alors le déclin.

Quand vient la Révolution, la gestion de l’Hôpital Général (qui groupe alors une dizaine d’établissements et secourt quinze mille individus) s’avère de plus en plus malaisée car son règlement n’a pas évolué depuis sa fondation. Après de nombreux avatars, Bicêtre est finalement administré en 1801 par le Conseil général de la Seine puis sous la Deuxième République par la naissante Assistance Publique de Paris.

Malgré son nom, l’Hôpital Général n’a pas vocation d’accueillir les malades qui sont en règle dirigés vers l’Hôtel Dieu,

Cependant Bicêtre reçoit bientôt des vénériens (c’est-à-dire des syphilitiques) des deux sexes et des personnes atteintes de diverses maladies de peau (teigne, gale, écrouelles). Viennent s’ajouter des malades mentaux et des épileptiques, le plus souvent confondus dans les mêmes dortoirs, les uns et les autres étant considérés comme atteints de maladies incurables, puis des enfants "estropiés, teigneux ou imbéciles" et enfin des criminels. Bicêtre maintient ainsi à l’écart des éléments considérés comme constituant, à des titres divers, une sorte de rebut social échappant à tout espoir d’amendement et de guérison.

LES ALIÉNÉS

Chez les insensés, jusqu’autour de 1830. les adultes sont mêlés aux enfants. A Ces derniers, on tente d’enseigner le catéchisme et l’écriture. Les sujets tranquilles sont séparés des agités. les furieux sont enchaînés. C’est à Bicêtre en 1770 qu’un tapissier, Guilleret, invente la camisole de force. Les fous et les idiots sont mélangés avec les épileptiques mais aussi des délinquants. Les aliénés tranquilles et les idiots peuvent dans la journée se promener dans les cours.

Le public est d’ailleurs admis à les contempler tous les jours comme des sujets de curiosité : le gouverneur et le personnel y trouvent sans doute quelque intérêt financier.

En 1794 et 1795, Pinel exerce brièvement à Bicêtre les fonctions de médecin des aliénés. Aidé du gouverneur de l’emploi, Pussin, il entreprend une véritable révolution dans le traitement des malades mentaux, abolissant toute pratique inhumaine et supprimant en particulier les chaînes.

Plus tard. on utilise les fous à divers travaux (terrassement, travaux agricoles à la ferme Ste-Anne, établissement hospitalier fondé par Anne d’Autriche et qui dépend de Bicêtre jusqu’en 1846). Les aliénés criminels sont enfermés dans un bâtiment circulaire spécial. la Sûreté, dont certains parviennent cependant à s’échapper.

Quant aux enfants, ce n’est qu’à partir de 1833 qu’ils sont regroupés dans un local particulier. Bourneville devient en 1879 le médecin-chef de la section des enfants arriérés créée en 1879. On tente de leur inculquer quelques notions de propreté, de gymnastique. des rudiments d’enseignement primaire et même professionnel.

LES VENERIENS

Lors de la fondation de l’Hôpital Général, le règlement précise qu’aucun vénérien ne doit y être admis. Mais cette règle s’avère rapidement inapplicable et dès 1661 nous apprend Cullerier, chirurgien gagnant maîtrise de 17W ? à 1792, on dénombre à Bicêtre deux cent cinquante "gâtés". Le programme est rude. On commence par châtier les malades, censés être des débauchés, en les fouettant. Après la punition, viennent l’isolement dans un quartier spécial puis le traitement Celui-ci qui dure un mois environ, consiste à frouer les vérolés avec une pommade au mercure, après les avoir baignés, purgés et saignés. Les effets du traitement mercuriel sont effroyables : salivations, ulcérations buccales. édentations. Les conditions d’hospitalisation ne le sont pas moins et à la suite de nombreux rapports, les vénériens finissent par quitter Bicêtre en 1792 pour l’hôpital du faubourg St-Jacques.

LA PRISON

Bicêtre offre l’illustration la plus saisissante de l’étroite collaboration établie sous l’Ancien Régime entre les hôpitaux. les asiles et les prisons. Dès sa fondation. l’Hôpital Général est muni de locaux disciplinaires réservés aux mauvaises têtes. nullement rares parmi les mendiants enfermés. Très vite cependant, l’habitude est prise de faire incarcérer dans les locaux de Bicêtre un nombre toujours plus important de délinquants ou de suspects. Ceux-ci sont administrés par l’économe sous les ordres du lieutenant général de police. Ils sont répartis entre les cabanons (cellules particulières dévolues aux sujets emprisonnés sur lettre de cachet et payant pension) et les trois salles de Force où s’entassent dans chacune jusqu’à soixante-dix prisonniers. Ceux-ci sont réduits à l’oisiveté, à l’exception de ceux qui sont employés au poli des glaces. Malgré la vigilance de la compagnie des gardes. les révoltes et les tentatives d’évasion se multiplient.

À la veille de la Révolution, on compte à Bicêtre près de cinq cents détenus. Latude fut l’un d’entre eux. Les Cachots blancs et noirs où sont enchaînés les prisonniers punis, sont situés au sous-sol. Quant aux garçons de moins de vingt-cinq ans, ils sont enfermés à la Correction, en général à la demande de leur famille qui paye parfois une pension.

La Révolution va entraîner des libérations et des massacres. A la suite d’un rapport de Mirabeau, on remet en liberté les prisonniers des lettres de cachet et les détenus enfermés sans jugement. Le 17 avril 1792 a lieu à Bicêtre le premier essai de la guillotine sur trois cadavres. en présence notamment de divers médecins : Pinel, Cabanis. Louis, Cullerier et bien sûr Guillotin. En septembre de la même année survient le tragique épisode des massacres de Bicêtre où sont assassinés à coups de gourdin par une bande de prétendus "patriotes" près de deux cents détenus, aussi bien des adultes que des enfants.

Bicêtre garde sa prison jusqu’en 1836. On isole dans un des cachots blancs les condamnés à mort pendant les quarante jours de répit que leur vaut leur pourvoi en cassation. Quittent ainsi Bicêtre pour l’échafaud Cadoudal et ses complices, les quatre sergents de la Rochelle et bien d’autres. C’est aussi de Bicêtre que part trois fois par an en direction de Brest, la chaîne pour le bagne . La première, composée de cent cinquante forçats, le 10 septembre 1793 ; la dernière le 19 octobre 1836. À la fin de la même armée, les derniers détenus de Bicêtre sont transférés à la Roquette.

BICETRE AU 19ème SIECLE

EVOLUTION ET AMENAGEMENT

La suppression en 1792 de l’Hôpital Général marque le début d’une évolution qui va peu à peu imposer à Bicêtre une autre vocation. modifier son aspect. en faire un véritable lieu de traitement en même temps qu’un asile au sens moderne du terme. L’établissement va perdre très lentement et progressivement ses prisonniers, ses vénériens et ses fous pour ne garder que les vieillards et certains de ses plus malheureux enfants. Le médecin à peu près absent du Bicêtre des XVIIe et XVIIIe siècles. va désormais en devenir le personnage essentiel.

Cette mutation se traduit par un réaménagement à peu près total de l’ensemble architectural l’établissement, fortement dégradé, que l’on se met à restaurer sous le Consulat. Les cours sont libérées des constructions parasites qui les encombrent Au nord, la grande façade est dégagée, le terrain que la précède vers la porte de la Vinaigrerie aménagé en jardins agrémentés de bassins. Les trois anciennes grandes cours de l’hospice sont à partir de 1819 ornées d’arbres et de fleurs. La suppression de la prison en 1837 entraîne celle de locaux pénitentiaires anciens ; le vieux château est démoli en 1847.

L’aménagement intérieur des bâtiments est pratiquement achevé en 1817. Mais ce n’est qu’en 1838 que disparaissent les "auges de gâteux". Ce sont des couchettes taillées dans la pierre, complétées par un grand bac en zinc dont le fond est en forme d’entonnoir et muni d’un robinet Un tuyau y est adapté qui conduit les déjections des malades dans une gouttière à l’air libre, laquelle traverse toute la salle. De temps en temps, un infirmier jette de l’eau dans la partie supérieure du collecteur pour entraîner les excréments vers l’égout Le "gâteux" repose sur le dessus de l’auge, placé sur un matelas troué et garni d’une toile cirée.

Même au début du XXe siècle, l’hygiène reste très défectueuse. "Pas de lavabo pour la toilette, pas de serviette pour s’essuyer, des latrines infectes par suite de l’absence complète d’eau à tous les étages supérieurs" constate un rapport de 1900. A cette date, il n’existe pas encore de tout-à-l’égout on utilise des tinettes. Les canalisations d’eau ne sont posées qu’en 1904.

De même, les lampes à huile sont utilisées encore presque partout au début du XXe siècle ; l’éclairage au gaz. introduit en 1858, reste très limité. L’électricité n’apparaît lentement qu’en 1914.

LES ADMINISTRÉS

Une décision du 13 vendémiaire an X (15décembre 1801> pose en principe que l’hospice est désormais réservé aux seuls indigents. En 1817, il compte deux mille cent vingt lits répartis en deux catégories principales : les bons pauvres et les infirmes. paralytiques et cancéreux. admis de droit sur demande adressée au préfet de police. À la fin du siècle, indigents et incurables sont répartis en quatre quartiers (plus tard appelés divisions), la cinquième division étant jusqu’en 1922 réservée aux aliénés.

Les pensionnaires, logés en quarante-quatre dortoirs de vingt à cent lits de fer. individuels désormais, sont vêtus d’un uniforme de drap bleu en hiver, de toile grise en été et mangent en commun au réfectoire à partir de 1841. Ils disposent d’une cantine gérée par l’Administration et qui a remplacé en 1802 les buvettes et cabarets installés un peu partout dans les cours ainsi que les marchands ambulants, désormais interdits. Divers orphéons et fanfares viennent les jours fériés agrémenter le déroulement de la vie ordinaire des pensionnaires de l’hospice qui sont au nombre de dix-huit cents en 1890.

Le règlement de 1802 est sévère, proscrivant l’entretien de tout animal, les jeux d’argent. l’abus de boisson et bien entendu l’introduction des "filles de mauvaise vie Les contrevenants peuvent être privés de sorties (qui ont lieu trois fois par mois en 1802)ou détenus un jour ou deux en salle de discipline. En 1880, beaucoup d’administrés jouissent de la libre sortie permanente. Les visites sont autorisées les jeudis et dimanches.

Certains indigents valides sont employés au début du XIXe siècle à des travaux de terrassement et à tirer de l’eau du Grand Puits. Plus tard, l’Administration va réintroduire des ateliers. En 1890. plus de quatre cents administrés travaillent notamment au bâtiment, aux ateliers de tapisserie et de coucher, du tailleur, du cordonnier et à l’imprimerie.

LES MÉDECINS

Le personnel médical comprend en 1793 un chirurgien en chef, un chirurgien en second et cinq élèves en chirurgie. Le premier médecin permanent est Pinel nommé en septembre de la même année. La Révolution va réunir médecins et chirurgiens, ex-frères ennemis ; tous sont désormais formés depuis 1808 dans une faculté de structure nouvelle. Le 4 ventôse an X (10 février 1802) est créé l’internat. En 1814, quatorze internes exercent à Bicêtre. En 1812 l’hospice et l’asile sont confiés séparément à deux puis (en 1830) quatre médecins dont les attributions sont distinctes : d’un côté les aliénés. de l’autre l’infirmerie et les indigents. Ensuite, les effectifs médicaux ne feront que croître car l’hospice de Bicêtre se transformera au XXe siècle en centre hospitalo-universitaire. Mais ceci est une autre histoire, l’histoire des temps modernes...


Bibliographie : Delamare Jacques, L’hospice de bicêtre, des origines à la fin du 19ème siècle. Delamare J.et Delamare-Riche Th., Le grand renfermement, Paris, Maloine, 1990.